Les Compagnons du Prophète ('Aley'i Salat Wa Salam)

Publié le par Abu Mohamed

Les Compagnons du Prophète
('Aley'i Salat Wa Salam)
 
 
Abdullâh ibn Mas'ûd a dit : "Eux sont les Compagnons de Muhammad (sur lui soit la paix). Ils étaient la meilleure partie de cette Oumma : ceux qui avaient les cœurs les plus vertueux, ceux qui étaient les plus profonds en connaissance et ceux qui faisaient le moins de maniérisme. Dieu les a choisis pour être en compagnie de Son Prophète et pour établir Sa religion. Reconnaissez donc leur valeur et suivez leurs traces. Et attachez-vous à ce que vous pouvez de leurs qualités et de leur conduite. Car ils étaient sur le chemin droit" (cité dans Michkât ul-maçâbîh, n° 193).

Quelle place les Compagnons occupent-ils dans l'Islam ? Qui est un Compagnon du Prophète ? Celui qui est resté longtemps en sa compagnie ou celui également qui ne l'a côtoyé que quelques instants ?


Un extrême : croire que chaque avis émis par et chaque acte fait par un Compagnon sont justes :

Il ne faut pas tomber dans l'extrême qui voudrait que dès qu'un Compagnon a eu un avis (sur lequel il n'y a pas eu consensus de tous les Compagnons) ou dès qu'il a fait un acte, cet avis ou cet acte est forcément et obligatoirement à suivre. Car dans la Communauté du Prophète, en dehors du Prophète nul homme n'est infaillible dans ses actes (ma'sûm 'an idh-dhanb) ou dans ses interprétations (ma'sûm 'an il-khata' fil-ijtihâd) (tant qu'il n'y a pas eu consensus sur cet avis – ijmâ' –, car sinon cela relève d'un autre cas) (cf. MF 4/434).


Un autre extrême : dire du mal d'un ou de plusieurs Compagnons :

Cependant il ne faut pas tomber dans l'autre extrême et dénigrer un Compagnon du Prophète.

ll ne faut pas croire que tel Compagnon sera puni par Dieu :

On ne peut pas dire que tel Compagnon sera puni par Dieu à cause de tel de ses avis ou de tel de ses actes. Ce qui est attribué à un Compagnon en avis et en actes est parfois faux ; le Compagnon n'a pas eu cet avis et n'a pas fait cet acte, ce sont certaines personnes qui le lui ont attribué, par calomnie (MF 4/431). Et s'il est établi que le Compagnon a réellement eu tel avis discutable ou fait tel acte erroné, alors il s'agit probablement du résultat d'un effort d'interprétation (ijtihâd) de sa part ; or, l'effort d'interprétation rapporte une récompense quand le savant a fait une erreur, contre deux quand il est parvenu à ce qui est juste (MF 4/432). Et si ce n'est pas le résultat d'un effort d'interprétation mais bel et bien une faute morale (dhanb, ithm) à propos de laquelle il n'y a pas d'avis divergent possible, alors certes le Prophète a annoncé que tel péché est normalement passible de telle punition dans l'au-delà de la part de Dieu ; cependant on ne peut oublier le fait que Dieu pardonne le péché qu'un croyant précis a fait parce que Dieu l'a bien voulu par un effet de Sa seule Miséricorde, ou parce que ce croyant Lui a demandé pardon et qu'Il le lui a alors accordé, ou parce que ce croyant a, d'un autre côté, fait d'excellentes bonnes actions, ou parce que ce croyant a subi de dures épreuves dans sa vie, ou parce qu'Il acceptera l'intercession du Prophète à l'égard de ce croyant, ou parce que les autres croyants ont prié Dieu de pardonner à leur frère sa faute, etc. Il serait donc impensable que l'on se permette de dire que tel Compagnon sera puni par Dieu à cause de tel péché qu'il a fait (cf. MF 4/432). Ainsi, Hâtib ibn Abî Balta'a, un Compagnon, avait communiqué aux Mecquois la nouvelle que le Prophète allait venir conquérir la Mecque suite à leur violation des clauses du traité : l'ayant appris, d'autres Compagnons furent très en colère et demandèrent qu'il soit traité comme un traître. Mais le Prophète dit : "Il a participé à Badr. Et peut-être que Dieu a scruté le cœur des gens de Badr et leur a dit : "Faites ce que vous voulez, Je vous ai accordé Mon Pardon"" (Bukhârî, 3762, 2845, Muslim, 2494). De même, alors que Hâtib ne respectait pas les droits de ses esclaves, l'un de ces derniers dit au Prophète : "Par Dieu, ô Messager de Dieu, Hâtib entrera assurément dans le feu ! – Tu mens, lui répliqua le Prophète, il a participé à Badr et à al-Hudaybiyya" (Muslim n° 2195). Voyez : c'est une faute morale que de ne pas respecter les droits des esclaves ; l'esclave a le droit de se plaindre du mauvais comportement de son maître ; l'autorité doit rappeler au maître – ici Hâtib – ses devoirs ; mais dans l'au-delà, pour Hâtib précisément cette faute n'entraînera pas de punition car – comme l'a dit le Prophète – Dieu en a décidé ainsi à son sujet parce qu'il a participé à Badr (MF 4/459-460, 35/67-68). Le Prophète a fait les éloges de tous ses Compagnons, qui sont les meilleurs de toute sa Oumma (comme nous le verrons plus bas) ; une faute morale n'entraînera donc pas de punition dans l'au-delà ; tout au contraire, ils obtiendront le pardon.


"La meilleure partie de ma Oumma est mon époque, puis ceux qui viennent après, puis ceux qui viennent après" :

Le Prophète a dit : "La meilleure partie de ma Oumma est mon époque, puis ceux qui viennent après, puis ceux qui viennent après. Puis viendront des gens qui apporteront un témoignage alors qu'il ne leur aura pas été demandé, qui trahiront ce qu'il leur aura été confié et ne seront pas honnêtes, qui feront des vœux qu'ils ne respecteront pas, et qui seront gras" (Bukhârî, 3450, Muslim, 2535). Dans une autre version, on lit ceci : "… qui chercheront à grossir et aimeront être gros…" (Tirmidhî, 2221).
Les termes "mon époque" ne désignent pas ici "la période pendant laquelle le Prophète vivait" mais "les individus qui ont vu le Prophète", c'est-à-dire l'ensemble des Compagnons : c'est bien pourquoi le Prophète, parlant de ce qu'il y a après "son époque", emploie les termes "ceux qui viendront après eux" ("alladhîna yalûnahum"). Dans une autre version, le Prophète l'a dit explicitement ainsi : "La meilleure partie de cette Oumma est l'époque parmi lesquels j'ai été envoyé" (FB 7/8) : les termes "parmi lesquels" ("al-qarn alladhî bu'ithtu fîhim") montrent bien qu'il s'agit d'individus et non pas d'une période.


Chaque Compagnon est meilleur auprès de Dieu que tout autre musulman de la Oumma :

Deux questions se posent par rapport au Hadîth cité ci-dessus…

Primo : Qui est "Compagnon du Prophète" ? est-ce toute personne qui, en étant musulmane, a vu même une fois le Prophète lorsque ce dernier était vivant et est plus tard morte musulmane ? ou bien y a-t-il, en plus de cela, une durée minimale pendant laquelle il faut qu'elle soit restée en la compagnie du Prophète ?
C'est la première réponse qui est la bonne (MF 35/59, FB 7/6-8). Les Compagnons sont donc toutes les personnes qui, en étant musulmanes, ont vu le Prophète durant le vivant de celui-ci et qui sont mortes avec la foi. Après la mort du Prophète, en l'an 11 de l'hégire, aucun homme ne peut donc plus devenir Compagnon. La période où des musulmans peuvent atteindre le statut de Compagnon prend donc fin à la mort du Prophète, en l'an 11 de l'hégire.
Celle où des musulmans peuvent atteindre le statut de Tâ'bi'î prend fin avec la mort du Compagnon Abu-t-Tufayl 'Âmir ibn Wâthila al-laythî, survenue en l'an 100, 107 ou 110 (FB 7/8).
Quand à celle où des musulmans peuvent atteindre le statut de Tâbi' ut-tâbi'î, elle prend fin en l'an 170 ou 180 (FB 7/8).

Secundo : ce Hadîth signifie-t-il que, parmi tous les Compagnons qu'il y a eu, chaque Compagnon est meilleur que chaque musulman qui n'est pas Compagnon, ou bien signifie-t-il que c'est pris dans leur ensemble que les Compagnons sont meilleurs que les musulmans de la seconde génération (Tâbi'ûn) et qu'il se peut donc qu'un Tâbi'î précis soit meilleur qu'un Compagnon pris isolément ?
La majorité des savants est de l'avis suivant : pour ce qui est de la profondeur du savoir, c'est pris dans leur ensemble que les Compagnons sont plus savants que les autres musulmans ("a'maquhum 'ilman", avait dit Ibn Mas'ûd) et il se peut donc que, pris isolément, certains musulmans de la seconde génération soient plus savants que certains Compagnons, pris eux aussi isolément. Par contre, pour ce qui est de la valeur de la personne auprès de Dieu, alors au sein de la Communauté du Prophète Muhammad (sur lui la paix), chaque Compagnon a, auprès de Dieu, un grade plus grand que n'importe quel autre musulman qui n'est pas Compagnon (FB 7/9-10, MS 3/289). Ceci est dû au fait, comme l'a écrit Ibn Taymiyya, que la valeur des actions ne dépend pas seulement de sa forme extérieure mais aussi des réalités qui sont présentes dans le cœur et qui en constituent le fondement, ainsi que des sacrifices consentis pour la défense et la propagation de l'islam (MS 3/288, 3/347-348). Ibn Hazm évoque plusieurs causes qui font la supériorité des Compagnons auprès de Dieu : il y a notamment le fait qu'ils ont bénéficié de la Compagnie du Messager de Dieu, le fait aussi que leurs actions étaient plus sincères que celles de ceux qui viendront après, le fait aussi que leur période était décisive et nous leur sommes redevables de ce qu'ils ont bâti par leurs sacrifices, etc. (FMAN 3/34-37).

Pour ce qui est des Tâbi'ûn, par contre, la supériorité des Tâbi'ûn sur ceux qui viendront après ne concerne pas chaque Tâbi'î par rapport à chaque musulman qui viendra après mais concerne les Tâbi'ûn pris dans leur ensemble par rapport à l'ensemble des musulmans de la génération suivante. Il en est de même pour les Tab' ut-tâbi'în (cf. FB 7/10).

A l'intérieur de l'ensemble des Compagnons eux-mêmes, cependant, il y a des catégories en termes de valeur auprès de Dieu. Dieu Lui-même a dit : "Ne sont pas semblables parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu avant la fat'h. Ceux-là ont un grade plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (Coran 57/10). Que désigne le terme "fat'h" ici employé : la campagne de al-Hudaybiyya, en l'an 6 de l'hégire, celle qui a débouché sur la trêve entre les Musulmans et les Mecquois et qui a été décrite par Dieu comme une "fat'h mubîn" ? ou bien la conquête de La Mecque en l'an 8 de l'hégire, appelée elle aussi "al-fat'h" ? Il s'agit ici de la campagne de al-Hudaybiyya (MS 1/222, 2/296, MF 35-60). D'autre part, les personnages dont il est question dans le verset / sont ceux-là mêmes dont Dieu a dit dans un autre verset : "Les devanciers parmi les Emigrants et les Auxiliaires" (MS 1/222, 2/296, MF 35-60). Les Compagnons de l'arbre sont ces Compagnons qui ont fait serment d'allégeance au Prophète à al-Hudaybiyya sous l'arbre ; ils étaient alors entre 1400 et 1500 personnes (FB 7/548-549). Tous ces Compagnons font partie de ces "Devanciers parmi les Emigrants et les Auxiliaires" (MS 1/222) (d'autres sont morts avant cet événement). Le Prophète a dit : "Ne séjournera inshâ Allâh en enfer aucun des Compagnons qui ont fait allégeance sous l'arbre" (Muslim, 2496). Au sein de l'ensemble de ces Devanciers, ceux qui ont participé à Badr ont une valeur plus grande encore auprès de Dieu : "N'entrera jamais en enfer un homme qui a participé à Badr et al-Hudaybiyya" (Ahmad, 14725, voir aussi Muslim, 2495). L'ange Gabriel demanda un jour au Prophète : "Comment considérez-vous parmi vous les gens ayant participé à Badr ? – Parmi les meilleurs musulmans (ou un terme approchant), répondit le Prophète. – Ainsi en est-il également de ceux qui ont participé à Badr parmi les anges", affirma Gabriel (Bukhârî, 3771).
Le tournant de la trêve de al-Hudaybiyya, conclue en dhul-qa'da de l'an 6, va atténuer les difficultés que les musulmans avaient jusqu'ici à subir à cause de leur foi ; il est donc attendu que ceux d'avant ont une plus grande valeur auprès de Dieu. En effet, ce sont les sacrifices des premiers qui ont pavé la voie pour ceux qui viennent ensuite : les premiers ont donc une valeur plus grande auprès de Dieu. Cette trêve va aussi amener de nombreuses personnes à se convertir à l'islam ; de nombreuses parmi elles émigreront aussi à Médine pour renforcer ainsi la position de la ville du Prophète. Elles seront donc quand même des "muhâjirûn".
Un nouveau tournant survient presque deux ans après la trêve de al-Hudaybiyya, , c'est la conquête de la Mecque, en ramadan de l'an 8. Le Prophète annonce alors : "Plus d'émigration après la conquête ("al-fat'h")…" (Bukhârî, 2631, Muslim, 1353) (voir aussi Bukhârî 2913). Personne ne peut donc devenir "muhâjirî" de cette catégorie dont Dieu a fait les éloges dans Son Livre. Ceux qui sont devenus musulmans entre al-Hudaybiyya et la conquête de la Mecque et qui ont émigré à Médine sont donc pour leur part des "muhâjirûn" aussi, et s'ils sont de moindre stature que les "Devanciers", ils ont une plus grande valeur auprès de Dieu que les Compagnons devenus musulmans après la conquête de la Mecque.

Parmi tous les Compagnons (ceux qui ont vu le Prophète vivant en étant musulmans et qui sont morts musulmans) il y a donc :
  • ceux qui ont embrassé l'islam avant al-Hudaybiyya (dhul-qa'da 6) ; s'ils sont restés en vie jusqu'à l'émigration du Prophète à Médine, ils ont aussi émigré à Médine, où se trouvaient les habitants déjà devenus musulmans ; ce sont "as-sâbiqûn al-awwalûna min al-muhâjirîna wal-ansâr" (MS 1/222, 2/296, MF 35-60) ;
  • ceux qui ont embrassé l'islam et ont émigré à Médine pendant la période comprise entre al-Hudaybiyya (dhul-qa'da 6) et la conquête de la Mecque (ramadan 8) ; ce sont "muslimat ul-hudaybiyya", aussi nommés "muhâjirat ul-fat'h" ; Khâlid ibn al-Walîd et Amr ibn al-'As appartiennent à cette catégorie ;
  • ceux qui ont embrassé l'islam à l'occasion de la conquête de La Mecque ; ce sont "muslimat ul-fat'h", aussi appelés "at-tulaqâ'" (pluriel de "talîq") parce que le Prophète avait dit, après la conquête de la Mecque : "Idh'habû fa antum ut-tulaqâ'" ; Abû Sufyân ibn Harb, Mu'âwiya ibn Abî Sufyân, Yazîd ibn Abî Sufyân, al-Hârith ibn Hishâm, Suhayl ibn 'Amr, Safwân ibn Umayya, 'Ikrima ibn Abî Jahl, etc. sont par exemple des "tulaqâ'" (MF 4/457-459, 4/466) ;
  • il y enfin ceux qui ont embrassé l'islam après la conquête de la Mecque (an 8) et avant la mort du Prophète en l'an 11 ; les gens de at-Taïf qui se sont convertis à l'islam relèvent de cette catégorie ; on peut citer comme faisant partie de cette catégorie-ci 'Uthmân ibn Abi-l-'As (cf. MF 4/461).
    Lors du califat de Omar, des années après la mort du Prophète, Omar est informé que la peste s'est déclarée dans la région où il doit se rendre ; n'ayant pas connaissance du Hadîth du Prophète sur le fait de savoir s'il doit poursuivre son chemin ou s'il doit ne pas se rendre dans la région où l'épidémie sévit, il consulte les personnages présents ; il prend alors d'abord l'avis des "muhârijûn", puis celui des "ançars" [ces deux groupes constituent "as-sâbiqûn al-awwalûna min al-muhâjirîna wal-ansâr"] ; puis il prend l'avis des "muhâjirat ul-fath'" (Bukhârî, 5397).

    Certaines personnes disent parfois que Ibn 'Abd il-barr est d'un avis différent de celui que nous avons vu plus haut et qui est partagé par la majorité des savants : selon Ibn 'Abd il-barr, le Hadîth parlant de la supériorité des Compagnons sur les Tâ'bi'ûn concerne les Compagnons pris dans leur ensemble par rapport aux Tâbi'ûn pris dans leur ensemble : il se peut donc, d'après son avis, qu'un Tâbi'î précis soit meilleur qu'un Compagnon précis. Ces personnes citent cet avis de Ibn 'Abd il-barr et se mettent donc à dire que Omar ibn 'Abd il-'azîz serait meilleur que Mu'âwiya et Amr ibn al-As, voire même que Aïcha, Tal'ha ou az-Zubayr.
    Cela est faux. S'il est vrai que Ibn 'Abd il-barr a l'avis sus-cité, il ne faudrait pas oublier qu'il n'a pas émis cet avis de façon absolue : pour lui, il n'y a aucun doute que chaque Compagnon relevant du groupe de "as-sâbiqûn" ou des "muhâjirat ul-fat'h" est meilleur que n'importe quel musulman n'étant pas Compagnon ; de même, il est explicitement d'avis que tout Compagnon ayant dépensé de ses biens et combattu pour l'islam en compagnie du Prophète est supérieur que n'importe quel autre musulman (FB 7/10). Or Aïcha, Tal'ha et az-Zubayr font partie de "as-sâbiqûn". Amr ibn al-As, lui, fait partie des "muhâjirat ul-fat'h". Quant à Mu'âwiya, il fait certes partie de "at-tulaqâ'", mais si le verset dit "parmi vous" (c'est-à-dire "parmi les Compagnons"), ceux qui ont dépensé de leurs biens et combattu après le tournant de al-Hudaybiyya ne sont pas du même niveau que ceux qui l'ont fait après ce tournant, il dit aussi : "Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (57/10) ; or Mu'âwiya (de même d'ailleurs que Amr ibn al-As) a dépensé de ses biens et combattu pour l'islam en compagnie du Prophète lors des campagnes de Hunayn et de at-Tâïf en l'an 8 de l'hégire (MF 4/458-459) ; et un autre verset dit de ceux qui bénéficient de la promesse du meilleur seront éloignés du feu et n'en entendront même pas le bruit (Coran 21/101-103) (voir FMAN 3/72-73). De plus, l'autre verset affirme que Dieu a agréé "as-sâbiqûn al-awwalûn min al-muhâjirîn wal-ansar" mais aussi "al-ladhîna-t-taba'ûhum bi ihsân" (Coran 9/100).


    L'époque où, après la mort du Prophète, il y a encore des Compagnons vivants, est globalement meilleure que les époques suivantes :

    Le Prophète a dit : "Viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui sont restés en compagnie du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux. Puis viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui sont restés en compagnie des Compagnons du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux. Puis viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui sont restés en compagnie de ceux qui sont restés en compagnie des Compagnons du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux" (Bukhârî 3449, Muslim 2532). Ibn Hajar relate un Hadîth rapporté par Ibn Abî Shayba qui dit : "Vous resterez dans du bien [considérable] tant qu'il y aura parmi vous des gens qui m'ont vu et sont restés en ma compagnie. Par Dieu, vous resterez [aussi] dans du bien [considérable] tant qu'il y aura parmi vous des gens qui sont restés en compagnie de ceux qui m'ont vu et sont restés en ma compagnie" (FB 7/8).

    Avec la mort du Prophète débute une époque où vivent des Compagnons et leurs élèves, les Tâbi'ûn ; pendant cette époque, la situation globale des musulmans – au niveau de la foi et des bonnes actions – est meilleure que celle de l'époque où il n'y aura plus aucun Compagnon vivant ; cela est dû à l'effet positif, sur la société, de la profondeur de la foi des Compagnons – disciples directs du Prophète –, de leur sincérité, de leurs bonnes actions et de leur abnégation pour la cause de l'islam. Cette époque prend fin avec la mort du Compagnon Abu-t-Tufayl 'Âmir ibn Wâthila al-laythî, survenue en l'an 100, 107 ou 110 (FB 7/8).
    Puis, après la mort de tous les Compagnons, commence la période où il n' y a plus aucun Compagnon vivant ; vivent alors des Tâbi'ûn et leurs élèves, les Tab' ut-tâbi'în. Cette seconde époque va de l'an 100, 107 ou 110, à l'an 170 ou 180 (cf. FB 7/8). Conformément au Hadith que nous avons vu ci-dessus, pendant cette seconde période, la situation globale des musulmans est meilleure – au niveau de la foi et des bonnes actions – que celle de l'époque suivante, quand il n'y aura plus que des Tab' ut-tâbi'în mais plus de Tâbi'î vivant.
    Ensuite, après la mort de tous les Tâbi'ûn, tant que vivront des Tab' ut-tâbi'în (cette troisième époque va de l'an 170 ou 180, à l'an 220 ; cf. FB 7/8-9), la situation globale des musulmans sera meilleure que celle de l'époque où il n'y aura plus aucun Tab' ut-tâbi'î, conformément au Hadith que nous avons vu ci-dessus.

    A chaque fois j'ai bien dit "la situation globale des musulmans sera meilleure", car, comme le souligne Shâh Waliyyullâh, pendant la époque où vivent des Compagnons et des Tâ'bi'ûn, à côté de l'impressionnante quantité des gens pieux, il y a aussi eu des musulmans tels que de Al-Hajjâj et Al-Mukhtâr, qui ont vu les Compagnons mais n'ont pas été des modèles dans leurs actions (HB 2/585). Shâh Waliyyullâh écrit à propos des Hadîths que nous avons vus ci-dessus à propos des valeurs des époques qu'ils ne signifient pas que chaque Tâbi'î vivant pendant cette période et ayant donc côtoyé un ou plusieurs Compagnons serait meilleur qu'un musulman venant après ; ces Hadîths signifient que la majorité des musulmans vivant pendant la période où des Compagnons sont encore vivants seront meilleurs que la majorité des musulmans de la période suivante et de n'importe quelle autre période (HB 2/585). Ibn Hajar a écrit la même chose : "Cela concerne la majorité. Car après les Compagnons, il y a eu, chez certains de ceux qui ont été les élèves des Compagnons et ceux qui ont été les élèves de leurs élèves, il y a eu des défauts mentionnés dans le Hadîth ["Puis viendront des gens qui apporteront un témoignage alors qu'il ne leur aura pas été demandé, qui trahiront ce qu'il leur aura été confié et ne seront pas honnêtes, qui feront des vœux qu'ils ne respecteront pas, et qui seront gras"] ; mais cela était en peu développé. Par contre, après la fin des trois premières périodes, la présence de ces défauts a augmenté et s'est développée" (FB 7/10).


    Une mauvaise compréhension d'un Hadîth :

    Le Prophète a dit que le jour du jugement, alors qu'il sera en train d'abreuver les gens de sa Communauté de l'eau de son bassin, certains de ceux qui l'auront vu et seront restés en sa compagnie seront conduits en enfer, et, qu'à son questionnement, il lui sera dit qu'ils étaient retournés sur leurs pas après qu'il les eut quittés (Bukhârî 6161, Muslim 247, 2860, etc.). A partir d'une compréhension erronée de ce Hadîth, certaines personnes se sont mises à dire qu'à l'exception de quatre ou cinq personnages, tous les Compagnons du Prophète avaient apostasié après sa mort.
    C'est faux. Dans ce Hadîth il s'agit d'un très petit nombre parmi tous ceux qui avaient vu le Prophète et avaient cru en lui ; et il ne s'agit pas de ses proches Compagnons, de ceux qui étaient près de lui. Deux raisons très simples le prouvent… Primo : vers la fin de sa vie, le Prophète avait, du haut de la chaire, dit à l'ensemble de ses Compagnons réunis dans sa mosquée de Médine : "… Je serai un témoin pour vous et je vous donne rendez-vous au bassin…" ; c'était, dit 'Uqba ibn 'Amir, la dernière fois que je voyais le Prophète (vivant) (Bukhârî 3816) ; si dans l'autre Hadîth annonçant l'apostasie de certains de ceux qui avaient été du nombre de ses Compagnons sur terre, le Prophète avait voulu parler de ses proches Compagnons, pourquoi aurait-il, dans la mosquée de Médine, quelques jours avant de mourir, dit à ces mêmes Compagnons qu'il leur donnait rendez-vous au bassin ? Pourquoi prendre un seul Hadîth et rejeter l'autre ?
    Secundo : il y a un autre Hadîth où le Prophète, disant la même chose, a employé la forme diminutive du terme : "ussayhâbî" (Bukhârî 4349, Muslim 2304) ; cela signifie que, parmi tous ceux qui auront bénéficié à un degré quelconque de la compagnie du Prophète, seulement un très petit nombre d'entre eux seront dans ce cas le jour du jugement. La vérité est ce que As-Sindî, commentant le Hadîth en question, a écrit : ce Hadîth parle de ceux des musulmans qui avaient cru en le Prophète durant son vivant mais qui, après le décès de celui-ci, avaient apostasié en rejoignant les rangs de Mussaylima [et étaient morts ainsi] (Shar'h an-Nassâi, commentaire du hadîth n° 2087).


    Ne jamais dire du mal d'un Compagnon :

    Certaines personnes, exprimant un désaccord par rapport à tel avis que tel Compagnon a eu ou tel acte que tel Compagnon a fait, le font d'une façon qui témoigne d'un manque de respect à leur mémoire. C'est une grave erreur, car nous devons amour et respect à tous ceux qui ont vu le Prophète avant sa mort en étant musulmans et qui sont morts musulmans. C'est bien dans ce sens que Mâlik a dit : "Ceux qui ont dénigré ("ta'anû") les Compagnons du Messager de Dieu ne l'ont fait qu'avec l'objectif que certains puissent dire : "L'homme était mauvais, c'est pourquoi il a eu des Compagnons mauvais. Si l'homme avait été bon, ses Compagnons l'auraient été aussi"" (MF 4/429). Le Prophète lui-même a dit : "Ne dites pas du mal de mes Compagnons !" (Bukhârî, 3470, Muslim, 2540).

    Une question se pose ici : c'est alors que Khâlid ibn al-Walîd avait eu des mots avec Abdur-Rahmân ibn Awf – qui fait partie de "as-sâbiqûn al-awwalûn" que le Prophète avait dit : "Ne dites pas du mal de mes Compagnons ! Car si l'un d'entre vous dépensait de l'or en quantité égale au mont Uhud, il n'atteindrait pas la mesure ni la demi-mesure de l'un d'entre eux" (Muslim, 2541). Le Prophète dit donc à Khâlid de ne pas insulter ses Compagnons ; est-ce que Khâlid ne ferait donc pas partie des Compagnons, car n'ayant embrassé l'islam qu'après al-Hudaybiyya ?
    La réponse est qu'en fait, si le Prophète a ici employé le terme "mes Compagnons" en s'adressant à Khâlid, ce n'est pas parce que Khâlid ne serait pas un Compagnon ; être Compagnon du Prophète est un terme qui s'applique à toute personne qui a vu le Prophète en ayant la foi musulmane et qui est morte avec cette foi, qu'elle soit restée dans la compagnie (as-suhba) du Prophète de nombreuses années ou peu de temps, ou qu'elle l'ait vu une fois ; cependant, ceux qui sont restés en sa compagnie de nombreuses années ont acquis une quantité plus grande de cette "compagnie", ce qui fait que le terme "Compagnon" s'applique avec davantage de force à eux. C'est bien pourquoi, s'adressant à des Compagnons des "sâbiqûn" tels que Omar, le Prophète a dit un jour, parlant de Abû Bakr : "Allez-vous laisser mon Compagnon (tranquille) ?" (Bukhârî, 3661) ; ceci ne veut absolument pas dire qu'il n'a pas considéré Omar comme Compagnon, mais cela relève du fait que Abû Bakr a, de la compagnie du Prophète, acquis une part plus importante que Omar, ce qui fait que si le terme s'applique à tous les deux, il s'applique de façon plus grande au premier (voir MF 4/464-465, 35/60-63 FB 7/44). Lorsque le Hadîth "Ne dites pas du mal de mes Compagnons" demande que les personnages qui sont Compagnons mais dans une mesure moins importante que d'autres ne disent pas du mal de ces autres, comment ne pas comprendre qu'il s'adresse à plus forte raison à ceux qui, comme nous, ne sont pas du tout Compagnons ?

    Sa'ïd ibn Zayd était auprès d'un de ses amis dans la mosquée de Kufa quand un homme arriva et se mit à dire beaucoup de mal de quelqu'un. "De qui cet homme parle-t-il ainsi en mal ? questionna Sa'ïd. – De Alî, répondit son ami. – Comment se fait-il que j'entende qu'on dit du mal des Compagnons du Prophète auprès de toi et que tu dises rien ? J'ai entendu le Prophète dire – et je n'en suis pas à lui attribuer ce qu'il n'a pas dit pour qu'il me demande des explications à ce sujet demain quand je le rencontrerai – : "Abû Bakr (sera) dans le paradis, Omar (sera) dans le paradis, Uthmân (sera) dans le paradis, Alî (sera) dans le paradis, Tal'ha (sera) dans le paradis, az-Zubayr ibn al-'Awwâm (sera) dans le paradis, Sa'd ibn Mâlik (sera) dans le paradis, Abd ur-Rahmân ibn Awf (sera) dans le paradis et Sa'ïd (sera) dans le paradis". La présence de l'un d'entre eux avec le Prophète (sur lui la paix) de sorte que son visage se soit couvert de poussière a plus de valeur [auprès de Dieu] que les bonnes actions que l'un d'entre vous ferait toute sa vie même s'il vivait aussi longtemps que Noé" (Abû Dâoûd, 4649). Voir aussi Tirmidhî n° 3847-3848.


    Ce que Dieu a dit des Compagnons du Prophète, les meilleurs hommes de sa Communauté :

    "Muhammad est le Messager de Dieu. Et ceux qui sont avec lui sont forts face aux incroyants [traduction approximative de "ashiddâ'u 'ala-l-kuffâr"], miséricordieux entre eux. Tu les verras inclinés, prosternés, cherchant une grâce et une satisfaction de la part de leur Seigneur. Leur signe est sur leur visage, venant de l'effet de la prosternation ; voilà leur description dans la Thora. Et leur description dans l'Evangile est celle d'un plant qui a fait sortir sa pousse puis l'a renforcée ; celle-ci s'épaissit alors puis se dresse sur sa tige, à l'émerveillement des semeurs…" (Coran 48/29).

    "Dieu a agréé les croyants quand ils t'ont prêté serment sous l'arbre" (Coran 48/18).

    "Ne sont pas semblables parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu avant al-fat'h [la trêve de al-Hudaybiyya]. Ceux-là ont un grade plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (Coran 57/10).
    "Les devanciers premiers parmi les Emigrés et les Auxiliaires, ainsi que ceux qui les ont en suivi avec une bienfaisance, Dieu les a agréés et ils ont été contents par rapport à Lui…" (Coran 9/100).


    Aimer les Compagnons du Prophète :

    Le Prophète (sur lui la paix), en réponse à la question d'une personne, lui avait dit : "Tu seras [le jour du jugement, ou dans le paradis] avec ceux que tu auras aimés (sur terre)". Anas ibn Mâlik, qui rapporte ce Hadîth, se souvient : "Rien ne nous a rendu aussi joyeux que cette parole du Prophète : "Tu seras avec qui tu auras aimé"." Anas disait : "J'aime le Prophète, Abû Bakr et Omar. J'espère donc que je serais en leur compagnie parce que je les aime, même si je n'ai pas fait des actions comparables aux leurs" (rapporté par Al-Bukhârî, 3485, Muslim, 2639).

    Nous n'avons pas fait des actions aussi vertueuses et aussi sincères que les Compagnons. Mais nous les aimons tous. Et nous les aimons parce qu'ils sont les disciples du Prophète et les fruits de l'arbre qu'il a planté. Nous espérons donc de Dieu qu'Il nous accordera leur compagnie dans le Jardin.

    Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).


    Signification des sigles :

    FB : Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar
    FMAN : Al-fissal fil-milal wal-ahwâ' wan-nihal, Ibn Hazm
    HB : Hujjat ullâh il-bâligha, Shâh Waliyyullâh
    MF : Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya
    MS : Minhâj us-sunna an-nabawiyya, Ibn Taymiyya.
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